Saviez-vous que le tétras des armoises est considéré comme une espèce parapluie pour l’ensemble de l’écosystème des armoises? Une population florissante de tétras des armoises permettrait en effet de rétablir l’équilibre et de protéger 350 autres espèces fauniques, ainsi que la viabilité du paysage agricole. Le tétras des armoises est une espèce emblématique des prairies et suscite la fascination par la parade nuptiale élaborée du mâle.
Le saviez-vous? Le tétras des armoises est la plus grande espèce de tétras d’Amérique du Nord.
L’Institut Wilder a mis sur pied le premier programme canadien d’élevage de conservation et de translocation du tétras des armoises. En une décennie, ce programme a permis d’établir une population de tétras des armoises en captivité et d’acquérir les connaissances nécessaires en matière de reproduction, d’élevage, de soins vétérinaires et de conception d’installations pour assurer la survie de cette espèce en captivité. Ces avancées constituent une base solide pour toute future initiative d’élevage de conservation. Pour en savoir plus sur ces résultats, consultez le site : https://institutwilder.org/conservation/publications/
Entre 2014 et 2024, L’Institut Wilder, en collaboration avec Environnement et Changement climatique Canada et l’Alberta Environment and Protected Areas (AEPA), a dirigé un programme d’élevage de conservation et de translocation du tétras des armoises. Le programme d’élevage de conservation a célébré son premier succès de reproduction en 2017 et a commencé à relâcher des juvéniles dans la nature en Alberta et en Saskatchewan en 2018. L’Institut Wilder a pris la décision difficile de mettre fin à son rôle actuel dans les activités d’élevage de conservation et de réintroduction à la fin de 2024.
En raison du cycle de vie naturel de cette espèce qui se reproduit en arènes de parade, des considérations et des ressources particulières sont nécessaires pour gérer et élever durablement cette espèce en captivité. L’Institut Wilder a réussi à produire et à élever des oisillons, ainsi qu’à maintenir une colonie capable de contribuer à la population sauvage de tétras des armoises. L’équipe a acquis des connaissances et des informations précieuses sur les meilleures pratiques de gestion et de soins vétérinaires afin de favoriser un bien-être optimal et de bons résultats de reproduction. L’Institut Wilder partagera ses enseignements et ses recommandations avec l’ensemble de la communauté de conservation du tétras des armoises afin d’éclairer les futurs programmes d’élevage de conservation du grand tétras des armoises, si cela est jugé faisable.
Pourquoi le tétras des armoises est-il en voie de disparition? Cet oiseau emblématique est menacé par la perte, la fragmentation et la dégradation de l’habitat de prairie qui lui sert de refuge. Le tétras des armoises est un indicateur d’un habitat d’armoises sain et intact, qui abrite de nombreuses espèces des prairies.
Partout dans le monde, les populations d’oiseaux des prairies connaissent un déclin spectaculaire. Autrefois commune dans les prairies, la population de tétras des armoises en Alberta et en Saskatchewan a diminué d’environ 90 % au cours des 30 dernières années. Aujourd’hui, on compte moins de 100 tétras des armoises au Canada, et l’espèce est classée comme en voie de disparition en vertu de la Loi sur les espèces en péril.
La population continentale aux États-Unis est estimée entre 289 000 et 550 000 individus et connaît un déclin marqué à long terme. Le tétras des armoises occupe actuellement 56 % de son aire de répartition historique, et ses populations ont diminué de 80 % depuis 1965 et de près de 40 % depuis 2002. En 2025, l’UICN a réévalué le statut de conservation du tétras des armoises, le classant désormais comme « vulnérable ».
Au Canada, le tétras des armoises se trouve dans le sud-est de l’Alberta et le sud-ouest de la Saskatchewan, au sein de l’écorégion des prairies à herbes mixtes. Ces populations résiduelles n’occupent qu’une petite partie de l’aire de répartition historique de l’espèce.
Le tétras des armoises dépend des prairies d’armoises indigènes au sein de l’écosystème des prairies à herbes mixtes du Canada. L’armoise argentée lui fournit de la nourriture et un abri tout au long de l’année, et les prairies intactes lui servent de lieux de nidification, d’élevage des oisillons, d’hivernage et de reproduction, appelés « parades nuptiales ».
Grâce à un suivi approfondi après la remise en liberté, le programme a fourni des renseignements essentiels sur le comportement et l’écologie des oiseaux relâchés. Cela comprenait l’évaluation des méthodes de fixation des émetteurs, la mise à l’essai de stratégies de remise en liberté, l’analyse de l’utilisation de l’habitat et du risque de mortalité spatiale, ainsi que l’identification des prédateurs à l’aide de techniques moléculaires. Le programme a mis en lumière les principaux défis à relever pour les futurs efforts d’élevage de conservation et de translocation, et a fourni les données nécessaires pour évaluer quand et comment l’élevage de conservation peut constituer un outil efficace pour le rétablissement de l’espèce.
On a observé que des tétras des armoises élevés en captivité et relâchés dans la nature rejoignaient des groupes sauvages, participaient à des parades nuptiales sauvages et tentaient de nicher après leur relâchement. Certaines femelles ont survécu plus de deux saisons de reproduction et ont élevé avec succès une couvée. Cependant, le taux de survie après le relâchement s’est avéré très faible : à ce jour, moins de 1 % des oiseaux relâchés dans le cadre du programme ont survécu jusqu’à la saison de reproduction suivante. De multiples facteurs contribuent probablement à ce faible taux de survie.
La colonie de tétras des armoises reste sous les soins experts de l’équipe chargée des soins, de la santé et du bien-être des animaux du Wilder Institute. Les prochaines étapes concernant l’avenir du programme sur le tétras des armoises au Canada et cette colonie seront déterminées en collaboration avec les partenaires gouvernementaux.
Le programme canadien d’élevage de conservation du tétras des armoises a été créé pour préserver une espèce au bord de l’extinction et pour en apprendre le plus possible sur la manière de la rétablir efficacement. Chaque étape du programme a été guidée par la recherche appliquée, dont les résultats ont servi à renforcer les futurs efforts de rétablissement.
La biobanque de conservation du tétras des armoises agit comme un filet de sécurité génétique. Les populations de petite taille ou en déclin sont exposées à des risques accrus de consanguinité et de perte de diversité génétique, ce qui réduit leur santé génétique et leur capacité d’adaptation. Le matériel génétique conservé dans la biobanque sert de garantie à long terme, préservant ainsi les possibilités de rétablir des populations génétiquement saines si leur nombre venait à diminuer davantage ou si elles disparaissaient localement. S’inscrivant dans un réseau mondial en pleine expansion dirigé par le Groupe de spécialistes « Biobanques animales pour la conservation » de l’UICN, la création de biobanques complète, plutôt qu’elle ne remplace, la protection des habitats ou d’autres efforts de rétablissement des populations. Elle garantit la préservation dès aujourd’hui de ressources génétiques vitales, afin que les défenseurs de l’environnement disposent des outils nécessaires pour rétablir et protéger des espèces, comme le tétras des armoises pour les générations à venir.
La biobanque constitue un outil de plus en plus puissant dans la panoplie des moyens de conservation. Elle consiste à recueillir, à traiter et à cryoconserver du matériel biologique, tel que des cellules reproductrices, des embryons, de l’ADN et des tissus, en vue d’un entreposage à long terme et d’une utilisation future éventuelle. En matière de conservation, cela signifie que nous pouvons préserver la diversité génétique d’une espèce et, éventuellement, la rétablir lorsque les conditions le permettront.
Le matériel génétique provenant de notre troupeau de tétras des armoises est envoyé à nos partenaires du Zoo de Toronto. Des cellules provenant d’œufs, de plumes et d’autres tissus sont entreposées à -196 °C dans la cryobanque de la faune du Zoo de Toronto. C’est la première fois que le tétras des armoises est représenté dans cette cryobanque, ce qui constitue une étape importante pour les efforts de conservation collaboratifs.
À la suite des résultats encourageants d’un projet pilote d’augmentation de la couvée mené l’année dernière, des œufs fécondés sont transférés à l’Alberta Environment and Protected Areas (AEPA) afin de soutenir d’autres essais d’augmentation des nids et des couvées. Dans le cadre de l’augmentation des couvées, des œufs pondus en captivité sont ajoutés au nid d’une femelle sauvage. Lors des essais menés l’an dernier, les œufs placés dans des nids sauvages ont éclos et les oisillons ont réussi à prendre leur envol. Pour relever ce défi, on expérimente actuellement l’augmentation des couvées, qui consiste à faire éclore les oisillons en captivité avant de les introduire dans une couvée sauvage. L’équipe de l’AEPA assurera un suivi afin d’évaluer la survie des oisillons et l’efficacité de cette méthode comme outil de soutien au rétablissement du tétras des armoises.
Ensemble, ces efforts permettent au tétras des armoises de continuer à contribuer aux efforts de rétablissement, tandis que les partenaires gouvernementaux explorent les voies les plus efficaces pour aller de l’avant.
Au parc national des Prairies, en Saskatchewan, Parcs Canada a procédé au retrait des lignes électriques, à la restauration des prairies indigènes, au marquage des clôtures pour réduire les risques de collision et à l’installation de dispositifs dissuasifs pour empêcher les rapaces de se poser près des aires de nidification.
Ces efforts s’inscrivent dans une approche plus large et coordonnée visant le rétablissement du tétras des armoises sur l’ensemble de son aire de répartition au Canada. Pour en savoir plus sur l’état de l’espèce et les plans de rétablissement, consultez le Registre public des espèces en péril du Canada.
La gestion du pâturage au profit de l’habitat du tétras des armoises a été mise en œuvre par de nombreux éleveurs, avec le soutien des gouvernements fédéral et provinciaux. Apprenez-en davantage sur le Partenariat sur les espèces en péril dans les terres agricoles (SARPAL) et le Programme des espèces en péril multiples (MULTISAR).
Travail d’équipe
Nous tenons à remercier les partenaires et collaborateurs suivants, passés et présents, d’avoir travaillé avec nous pour venir en aide au tétras des armoises au Canada.
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